Communiqué
Le Bureau Central de l'AMDH exige la cessation des entraves à la vérité
et de l'impunité au sujet de l'enlèvement de Mehdi Ben Barka
Le jeudi 1 er décembre 2005 s'est tenue à Rabat au siège central de l'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) une réunion entre Maître Maurice Buttin, avocat de la famille du martyr Mehdi Ben Barka, et une délégation du Bureau Central de l'AMDH. Ont assisté également à cette réunion, Maître A. Benameur, ex-président de l'association, et maître M.Sebbar, Président du Forum Marocain pour la Vérité et la Justice.
La réunion s'est focalisée sur les récents développements relatifs au dossier de l'enlèvement de Mehdi Ben Barka. et notamment sur le déroulement de la Commission Rogatoire Internationale dévolue au magistrat français, Mr Patrick Ramaël, chargé du dossier et se trouvant au Maroc depuis le 27 Novembre dernier pour recueillir des témoignages et faire les enquêtes nécessaires en rapport avec le dossier.
Les échanges de point de vue ont montré que le juge d'instruction marocain chargé récemment du dossier, Mr Jalal Sarhane, n'a pas facilité la tâche du juge français qui voulait notamment recueillir les témoignages d'une vingtaine de citoyens marocains – dont certains hauts responsables sécuritaires – impliqués dans ce dossier, et visiter le tristement célèbre centre de détention secret de Rabat, le «PF3 », qui pourrait être le lieu d'enterrement de la dépouille de Mehdi Ben Barka.
Mais contre toute logique, le juge d'instruction aurait affirmé qu'il ne disposait pas des adresses des marocains dont le juge français souhaite recueillir les déclarations et qu'il ne connaissait pas le PF3 et son emplacement, tout en décidant unilatéralement d'ajourner le déroulement de la commission rogatoire qui a déjà été reportée en Octobre dernier au 28 Novembre.
Le Bureau Central de l'AMDH qui avait salué la levée par l'Etat Français du secret défense sur les archives concernant l'enlèvement de Ben Barka et la nomination d'un nouveau juge marocain chargé du dossier, Mr Jalal Sarhane, exprime son mécontentement quant à l'attitude négative et de blocage de la mission du juge français, attitude en totale contradiction avec l'accord judiciaire entre les gouvernements marocain et français.
Ces nouvelles entraves viennent s'ajouter à toutes celles connues par ce dossier depuis les quarante années qui nous séparent de l'enlèvement de Ben Barka le 29 octobre 1965 à Paris. Elles s'ajoutent également au dédain affiché par la justice marocaine et l'IER elle-même à l'égard des déclarations de l'agent de renseignement Ahmed Boukhari et à sa privation arbitraire du passeport qui lui aurait permis de témoigner librement devant la justice française ; ces entraves sont à ajouter au rejet de la plainte au sujet de l'enlèvement de Ben Barka depuis quatre ans environ par l'Union Socialiste des Forces Populaires.
Partant de ce qui précède, et en attendant de connaître le contenu du rapport de l'IER relatif au dossier Ben Barka, le Bureau Central de l'AMDH exprime son indignation à l'égard des entraves mises par les autorités marocaines devant l'accomplissement de la mission de la justice française dans cette affaire et exige la cessation des obstacles à la révélation de la vérité et la comparution devant la justice des personnes impliquées.
Le Bureau Central affirme sa volonté de suivre ce dossier et de prendre toute initiative et mesure permettant de dénoncer les manœuvres visant à escamoter la vérité et la lutte contre l'impunité dans cette affaire comme pour toutes les violations graves des Droits Humains connues par notre pays.
Rabat le 1 er décembre 2005
Le Bureau Central de l'AMDH