Paris le 23 février 2007
Abdelkrim EL WASSOULI, frère du disparu politique Omar EL OUASSOULI
Larbi MAANINOU, ancien exilé politique
Le Maroc de Droit Divin
Depuis plus de sept ans, après la disparition de Hassan II, nous attendions que le dossier des atteintes graves aux droits humains soit pris sérieusement en mains par les autorités marocaines. De pressions en pressions, les associations humanitaires nationales et internationales ont pu mettre devant leurs responsabilités aussi bien le roi Mohamed VI que les gouvernements, divers dans leur coloration mais assumant au moins moralement le passé d’un Maroc fermé sur lui-même et autoritaire dans la gestion des affaires publiques.
De fondations en fondations, le roi du Maroc a tissé sa toile autour de l’exécutif, laissant au gouvernement les fonctions d’administrateurs de programmes qui ne sont pas les leurs.
A travers ces fondations royales, le chef de l’Etat et son entourage ont choisi de casser le mouvement de défense des droits humains et de draguer (recruter) certains des militants et responsables de ce mouvement. Tous n’ont pas répondu à cet appel -et c’est heureux- mais parmi ces gens respectables et combatifs, le staff du cabinet royal (véritable gouvernement) a su, après des mois et des années d’approche, faire miroiter à ces résistants de la cause que le Maroc était prêt à changer…Mais il faut du temps.
Le temps est passé et, après le CCDH est arrivée une instance de « Vérité » et de Réconciliation, nouvelle fondation et nouvelle mouture dont l’objectif est de faire toute la vérité sur un passé douloureux. Certains ont applaudi à cette initiative téméraire ; d’autres plus circonspects ont demandé des gages et des garanties….Le débat fut houleux et riche.
D’un côté un arsenal de guerre bien huilé et trop bien financé par le cabinet Royal ; de l’autre des milliers de militants appartenant à l’AMDH, au FMVJ et à la société civile ne comptant que sur leur force de persuasion et sur leur force acquise d’un passé glorieux dans leur combat pour la liberté et la justice. Deux poids, deux mesures : la télé, la presse et les radios pour les premiers ; les moyens de bord de toute ONG pour les autres. Le but affiché de ces échanges inégaux était de faire la lumière sur les années de plomb.
Résultat des courses : après plus de deux années de prospection et de recherches, sans jamais s’entourer des ONG nationales (en particulier du Comité de Suivi des atteintes graves aux droits humains composé de l’ AMDH, de l’OMDH et du FMVJ) ou internationales pourtant riches d’informations sur cette période, l’IER a présenté au roi son rapport. Beaucoup d’écriture (et c’est bien), beaucoup de coups de pub, un site dédié à toutes celles et à tous ceux qui soutiennent leur démarche dictée par le roi lui-même, des déplacements trop fréquents et trop bien organisés par les chancelleries à l’étranger, des rencontres avec toutes sortes de personnalités et une défense absolue et parfois totalement incomprise de ce Maroc de la loi du talion. Enfin des recommandations à faire frémir de joie tout démocrate.
C’est cette propagande qui a réclamé des millions d’euros qui fera se tromper certains de nos proches amis. Certaines d’entre ces personnes de qualité ont véritablement cru que le Maroc était prêt à tourner la page et à faire la vérité sur ces années de honte…Plus d’an an après la publication des conclusions de l’IER rien n’est venu soulager celles et ceux qui y ont cru et encore moins les sceptiques que nous étions.
En même temps que l’IER programmait des colloques sur la « vérité et la réconciliation» et autres sujets pour le moins inappropriés et incongrus comme « la vérité en mathématiques », des citoyens, des femmes et des hommes appartenant à cet état souffraient dans les centres de tortures.
En même temps des fosses communes apparaissaient pour re-disparaître par le fait du prince, sans aucune recherche sur les dépouilles, sans un zeste d’analyse ADN, sans reconnaissance par des tiers. Sauf l’IER, témoin de ce déplacement macabre d’une fosse commune à une autre plus présentable à l’opinion publique !!! Un transvasement accompli, en pleine nuit, dans un temps record en l’absence des familles et sans le moindre respect des normes juridiques et scientifiques admises…
En même temps des citoyens que l’on avait regroupés dans un centre d’un autre âge, près de Ouarzazate ont été relâchés dans la nature alors qu’il s’agissait de personnes malades, la plupart atteintes de troubles psychologiques….Lorsque les ONG ont saisi l’IER, cette dernière s’est dite incompétente dans ce dossier.
En même temps des centaines de subsahariens étaient jetés en pâture, sans eau sans nourriture, dans un désert qui sera probablement leur enfer. Silence radio du côté de l’IER et du CCDH…
En même temps l’IER, en la personne de son président, stigmatisait les ONG internationales et nationales qui furent traitées de mafia parce qu’elles posaient des bonnes questions et qu’elle refusaient de prendre pour argent comptant toutes les déclarations non vérifiées des autorités marocaines.
En même temps cette instance déclarait que le centre de la DGST de Témara (sud de Rabat) n’était pas un centre de tortures alors que le gouvernement se sentait frileux et a préféré ne pas démentir l’information pourtant étayée par plusieurs témoignages.
En même temps, le président de cette instance se permet de clore le dossier de Mehdi BEN BARKA et d’autres citoyens enterrés dans le PF3, en déclarant qu’il a pu visiter ce centre et que rien d’anormal n’a été remarqué…Et pourtant aucune autre personne ou ONG n’a eu ce droit de visite tant réclamé. Simplement parce que le PF3 a bien été décrit par certains rescapés et que des témoins au dessus de tout soupçon ont bien reconnu ce centre dans lequel ils officiaient ! Pour le leader Mehdi BEN BARKA la version officielle a repris du poil de la bête : c’est une affaire franco-française !
En même temps, des journaux et des journalistes sont mis à l’index et encouraient des peines de prison ferme, des amendes exorbitantes et des interdictions à l’emporte-pièce…
En même temps l’IER rend visite ou reçoit les anciens tortionnaires ou donneurs d’ordre mais refuse que certains d’entre eux quittent le Maroc pour aller répondre à un juge d’instruction français qui souhaite les entendre sur l’affaire ! Ou n’ont-ils rien fait pour que les sécuritaires lâchent prise.
En même temps, l’un des mouroirs les plus réputés est démantelé pour effacer de la mémoire collective les traces de la période illustrée par la folie de la déchéance humaine. Le centre secret de Tazmamart ne sera plus accessible aux historiens et aux chercheurs. Encore moins aux ONG. L’IER a laissé faire les militaires en demandant juste que l’on préserve les tombes trop visibles.
En même temps, lors des déplacements de l’IER dans le Rif ou au Sahara, la police, la gendarmerie et autres corps de la sécurité bouclaient le lieu de la manifestation pour permettre aux responsables de cette instance et à la télévision publique de présenter d’une manière très édulcorée et très partiale les auditions dites publiques qui dans les faits étaient préparées et ficelées à l’avance pour un usage politico - médiatique.
En même temps, un ancien disparu Omar EL OUASSOULI réapparaît, rencontre un instituteur, militant du PPS, s’attable avec lui dans un café, emprunte une voiture, seul, retourne quelques heures plus tard dans ce même café et disparaît de nouveau. La réponse de l’IER est des plus confuses : au lieu d’interpeller les autorités sur ce cas connu et se demander qui est derrière ce faux témoignage et quelles sont ses arrières pensées, elle a choisi, d’une manière insidieuse et non officielle évidemment, d’insinuer que ce citoyen est en mission pour le compte des service secrets, pour finalement conclure dans son rapport final que ce citoyen ne serait pas victime de disparition forcée. Interpellée et à plusieurs reprises par sa famille, l'IER a refusé de rencontrer cette dernière ; elle a refusé de fournir à la famille les informations dont elle dispose. Toujours et d'une manière non officielle, la commission de suivi a admis que finalement c'est un haut fonctionnaire de l'état qui leur a affirmé oralement que Omar EL WASSOULI est vivant, sans aucune autre précision et que de ce fait elle ne peut rien prouver. Omar est toujours porté disparu et sa famille attend toujours !!
Peut-on croire et faire confiance à un Etat qui prône la réconciliation et utilise le bâton et des instruments contondants pour faire taire l’autre voix ? Celle de la Vérité et de la Justice. Peut-on nous ranger en ronds d’oignons juste pour faire plaisir alors que des citoyens marocains et non marocains se font torturer par nos propres citoyens- tortionnaires, sur ordre ou conseil des USA ? Les démentis du royaume (IER comprise) n’auront pas servi à grand-chose puisque le gouvernement américain a fini par reconnaître ces faits de la plus haute gravité. Ces faits et cette façon d’agir ont porté atteinte à la crédibilité des gouvernants et à celle de l’IER et donner raison au long combat des défenseurs de la liberté pour un Maroc de Droit.
L’opinion internationale n’a pas pu comprendre cette attitude d’aveuglement qui a fait prévaloir le slogan creux et mensonger sur une réalité difficilement tolérable.
Les dossiers traités par l’IER et leur devenir:
Tout d’abord, les dossiers qui eurent l’écoute de l’opinion internationale et qui ne peuvent être négligés : trois d’entre eux sont symboliques de la détermination du pouvoir à s’ouvrir à la société civile et à la civilisation du droit.
Le premier a défrayé la chronique depuis les années 1965 et a mis en très grande difficulté les relations franco-marocaines et tout rapprochement du mouvement national avec le pouvoir en place. Il s’agit de l’enlèvement, de la disparition et de l’assassinat du leader de la cause nationale et anti-impérialiste Mehdi BEN BARKA. Si cette affaire a bien été organisée par les services marocains, en collaboration avec d’autres services étrangers, il est apparu que le CAB1 a joué un rôle essentiel dans l’exécution de ce forfait. Les différents témoignages recueillis attestent qu’outre OUFKIR, DLIMI, Mohamed ACHAACHI, d’autres membres de ce CAB1 ont participé à ce crime. La plupart de ces hommes sont aujourd’hui à la retraite, profitant de pensions substantielles que seuls des préfets peuvent espérer percevoir. Parmi ces malfrats quelques uns étaient à Paris quelques jours avant l’enlèvement de Mehdi et ont participé directement à son enlèvement. Dont les fameux Larbi CHTOUKI (Miloud TOUNSI), Abdelkader SAKKA, Mohamed MESNAOUI, l’infirmier–tueur Boubker HASSOUNI, aujourd’hui bien identifiés. D’autres officiers supérieurs marocains impliqués dans ce drame continuent de diriger la sécurité ou de couler des jours tranquilles au Maroc.
Aucune de ces personnes n’a été appelée à « témoigner ». Au Maroc elles restent intouchables. Même le docile juge SERHANE chargé de ce dossier semble ne pas pouvoir retrouver ces personnes dénoncées par les ONG et dont le témoignage est réclamé par le juge français RAMAEL. Pourtant leurs adresses personnelles ou administratives sont connues. L’une d’entre elles dont le rôle dans la disparition de BEN BARKA est crucial a tenté de venir en France en mai 2005 et a obtenu un visa de séjour….Les sécuritaires l’ont en dissuadé. Il s’agit du fameux CHTOUKI.
De même, plusieurs témoignages dont ceux des 3 frères Bouriquat, prouvent que le Point Fixe 3 à Rabat (PF3) recèle beaucoup de secrets et énormément de cadavres de citoyens marocains ou étrangers (dont ceux des 3 truands français impliqués dans cette affaire). Il est même très probable que le corps de Mehdi BEN BARKA « repose » dans ce PF3.
Il semble que certains membres de l’IER auraient accompli un travail respectable sur cette affaire qui aurait eu pour conséquence de rouvrir ce dossier…mais la main de dieu aurait censuré leurs travaux et conclusions !
Conclusion : l’IER a éludé le sujet et invité les ayants droit
à aller chercher ailleurs. De préférence en France !
Houcine EL MANOUZI est un militant syndicaliste et politique, très proche de l’Union Nationale des Forces Populaires. Enlevé de Tunisie par la sécurité marocaine en octobre 1972, le 29 comme Mehdi BEN BARKA, il sera porté disparu quelques mois avant qu’il ne réapparaisse lors d’une tentative d’évasion, le 19 juillet 1975. Arrêté par la gendarmerie qui dépendait déjà de l’actuel général Housni BEN SLIMANE, il n’a plus donné signe de vie. Le CCDH a eu le culot de délivrer un certificat de décès daté du 17 juillet 1975. C’est dire combien la sécurité marocaine a anticipé sur une peine de mort programmée ! Ceux qui ont signé cet acte de mort s’appellent Hamiani et Kadour Lyousfi. Toujours vivants et toujours protégés.
En 1994, la famille est informée par la DST que Houcine est vivant et qu’il va recouvrer sa liberté si la famille reste discrète. En 1998, le discours évolue et Houcine se transforme en mort ou en vivant selon le canal choisi.
L’IER, et surtout ses membres proches de ce dossier ne savent plus situer les quatre points cardinaux. Est-il vivant ou a-t-il été liquidé ? La famille et les organismes de défense des droits humains n’ont aucune preuve de sa mort alors que sa disparition est avérée. Encore moins de preuve de sa vie. Dernièrement certaines langues se sont déliées pour ajouter à la souffrance de l’absence celle de l’ignominie : le corps sans vie de Houcine aurait été identifié…..Trop de mois se sont écoulés après cette trop mauvaise nouvelle et rien n’a filtré des projections de l’IER. Le châtiment et le supplice continuent d’habiter la maison de la vie. Et la maison de cet homme né librement en 1943 et privé d’existence depuis 1972.
Conclusion : l’IER a éludé le sujet et invité
les ayants droit à aller chercher ailleurs.
Le jeudi 19 janvier 2006, la tombe de Abdelhak ROUISSI, l’un des plus anciens disparus des années de plomb a été localisée dans le cimetière de Sbata à Casablanca. Une page est sur le point d’être tournée !!!
C’est la nouvelle que reçoit la famille et qui est relayée par la presse.
Après 41 ans d’attente, l’IER annonce à Khadija, la sœur de Abdelhak disparu depuis 41 ans que la tombe de Abdelhak a été retrouvée.
Commentaire de l’hebdomadaire TELQUEL :
« L’ancien militant de l’UNFP et de l’UMT est mort et sa dépouille a été localisée dans l’ancien cimetière de Sbata, à Casablanca. La découverte macabre a été faite le jeudi 19 janvier 2006 en présence de Jamal et ·Naïma, frère et soeur de Abdelhak Rouissi qui étaient accompagnés de Latifa Jbabdi et de Abbas Bouderka, membres du CCDH, de deux médecins légistes, du substitut du procureur du Roi qui représentait le parquet de Casablanca, du gouverneur de la préfecture de Moulay Rachid, d’un représentant du ministère des Habous, ainsi que des membres de la protection civile. Tout ce beau monde s’est dirigé tôt le matin, vers un coin éloigné et habituellement désert du cimetière, les «Ghourabaa». Réservé aux morts sans familles dont surtout des SDF, ce carré, isolé du reste du cimetière, compte également d’illustres disparus, dont l’ancien activiste armé Cheikh Al Arab et des membres de son organisation. La dépouille du défunt reposait depuis le 16 novembre 1964, date officielle de son inhumation dans une tombe qui portait uniquement son prénom. Jamal et Naïma Rouissi l’ont immédiatement identifié grâce à sa dentition singulière, marquée par des dents espacées. Il n’en fallait pas plus pour faire remonter à la surface de leur mémoire, le souvenir de ce frère disparu, un certain 4 octobre 1964, une époque où les disparitions et les liquidations physiques se comptaient par centaines Nous sommes au début des années 60. Le Maroc traverse une période trouble marquée par une lutte acharnée pour le pouvoir. D’un côté, l’Etat fraîchement libéré du protectorat, symbolisé par le jeune Roi Hassan II, qui vient d’accéder au pouvoir après la mort de son père, Mohammed V, en 1961 et qui essaie par tous les moyens de consolider son règne. »
« Employé à la Banque du Maroc, il s’était jusqu’alors surtout illustré par son opposition aux essais nucléaires français en Algérie et en Mauritanie, ainsi que par son rôle dans la grève du secteur banquier en 1961. En 1964, suite à son rejet de la guerre des sables, il se retrouve dans le collimateur des hommes d’Oufkir, qui vient d’être nommé ministre de l’Intérieur, le 20 août 1964. Deux mois plus tard, le 4 octobre 1964, soit cinq jours avant son 25 ème anniversaire, il est enlevé dans son appartement de l’avenue Mohammed V à Casablanca où il vivait seul. Sa disparition n’est constatée que deux jours plus tard par des membres de sa famille qui découvrent des traces de sang dans sa maison qui a été complètement mise à sac. Le lendemain, l’UNFP diffuse un communiqué où il annonce l’enlèvement de Abdelhak Rouissi. En parallèle, sa famille multiplie les recherches… »
« En vain. «Pendant 41 ans, nous avons vécu avec l’espoir que notre frère réapparaisse un jour. Ma mère, qui a vu trois autres de ses enfants, dont moi, disparaître puis revenir, est décédée en 2003 avec l’idée ferme que Abdelhak était toujours vivant Pour ma part, malgré les espoirs du début, entretenus par quelques témoignages sur le prétendu passage de mon frère par plusieurs bagnes, j’espérais au fond de moi-même qu’il soit mort, au lieu de continuer à subir les affres de la détention. »
« Aujourd’hui que je suis fixée sur son sort, je ressens un sentiment de soulagement mêlé de tristesse», affirme Khadija Rouissi, ancienne détenue politique, membre de l’IER et soeur de Abdelhak Rouissi, âgée d’une année à peine lors de l’enlèvement de son frère. A l’instar de sa mère, Fatéma Skalli, ses frères Mohamed et Jamaleddine, eux aussi enlevés, et sa soeur Naïma, Khadija a toujours vécu avec
le souvenir de son frère dont elle a, un jour, croisé l’un des tortionnaires. «C’est un ancien membre du CAB1; quand je lui ai parlé de mon frère, il m’a cyniquement suggéré de m’adresser à la justice. Aujourd’hui que le sort de mon frère est connu, je ne ressens ni haine, ni rancune envers ces gens qui ont intérêt à témoigner de leurs forfaits pour se libérer. Ils ne m’inspirent que du mépris», déclare Khadija Rouissi Au lendemain de la découverte de la dépouille de Abdelhak Rouissi, sa famille a reçu plusieurs témoignages de sympathie de la part des militants des droits de l’homme et des familles des autres disparus célèbres, tels que celle de Houcine Manouzi, qui attendent toujours d’être informés sur le sort de leurs proches. Afin de recevoir les condoléances des uns et des autres, elle envisage d’organiser des funérailles pour Abdelhak dont la dépouille pourrait être exhumée pour être enterrée auprès de sa mère. »
Le téléphone
19 janvier 2006----février 2007 : 13 mois après,
le corps de Abdelhak n’est toujours pas identifié.
Les autres dossiers traités par l’IER et leur devenir:
Les charniers :
L'IER a mis à jour des charniers des victimes dites des évènements sociaux. Elle a procédé à l'exhumation des corps pour ensuite les enterrer d'une manière individuelle et dans des conditions des plus suspectes.
Quelle urgence y avait –il pour procéder de la sorte ? Cette exhumation a eu pour effet la destruction d'un certain nombre de preuves. Le FMVJ a d'ailleurs porté plainte qui, évidemment, a été rejetée au motif de prescription. Les familles attendent toujours l'identification des leurs pour pouvoir les enterrer dignement et ainsi commencer leur deuil.
Les disparus :
L'IER avait annoncé qu'elle a pu élucider le sort de 748 disparus en même temps qu'elle a annoncé qu'elle n'a pas pu élucider le sort de 66 cas pour lesquelles elle estime que le crime de la disparition forcée est caractérisé.
A ce jour l'IER n'a donné aucune indication officielle sur les identités de ces 66 cas. Les familles sont maintenues dans une ignorance totale. Elle s'est juste bornée à faire une recommandation pour la poursuite des investigations.
Cependant, il faut noter que le nombre des victimes relatif aux événements dits sociaux est certainement au delà de ce qui est annoncé par l'IER. En effet, les chiffres avancés par AMNESTY par exemple dépassent et de loin ce qui est annoncé par le Maroc Officiel et par cette instance.
Les familles demandent que leur soit communiquées toutes les informations dont dispose l'IER. Le CCDH oppose aux familles un silence assourdissant.
La question de l’impunité :
L’IER a choisi de ne pas évoquer la question des responsabilités individuelles. Elle a de fait consacré l’impunité aux criminels alors que les crimes commis relèvent de la barbarie, de la férocité, de l’horreur et de la bestialité. Les tortionnaires occupent encore des postes à responsabilité au sommet de l’état et ils ne semblent absolument pas inquiétés.
Comment, dans ces conditions, prémunir le pays de la répétition de telles violations ou parler de réconciliation avec les bourreaux et tortionnaires qui continuent de narguer la société civile et de s’enorgueillir de leurs forfaits ?
Les assassins directs ou indirects (comme monsieur Driss BASRI et état-major, dont le rôle est indéniablement prouvé dans les commandes d’élimination de certains citoyens d’honneur et de centaines de citoyens lors des soulèvements populaires depuis les années 70 jusqu’à la mort du roi Hassan II) de Omar BENJELLOUN, de Mohamed GRINA, d’Abdellatif ZEROUAL, d’Amine TAHANI, de JBIHA RAHAL…, les responsables de la mort des femmes et hommes politiques, grévistes de la faim qui réclamaient un droit naturel de respect de leur dignité et de leur humanité, dorment sur leurs deux oreilles et sont prémunis de toute poursuite.
L’impunité n’est pas le bon choix car elle encourage les bourreaux et futurs bourreaux à commettre tous les forfaits imaginables qui troubleront l’ordre public et la quiétude de la population. Les défenseurs de la liberté auront sur leur tête une épée de Damoclès et devront se défendre que sous la menace de cruels mauvais traitements.
La réparation du préjudice :
A ce jour, les victimes et/ou ayants droit sont toujours en attente de réhabilitation, d’intégration et de réparation. Les séquelles de la torture et des mauvais traitements font des ravages parmi les victimes. Chaque année on déplore de plus en plus de décès. L’accès aux soins est totalement ignoré.
L’IER a élaboré des critères qui déterminent le droit à l’indemnisation qui demeurent pour le moins opaques. L’IER a émis des décisions soit d’indemnisation seule, soit d’indemnisation avec une recommandation de réparation des préjudices et enfin une recommandation seule, pour 9779 demandes. Soit 58 % de l’ensemble des demandes. Le manque de concertation et l’opacité des critères sont autant de facteurs qui ne manquent pas de jeter le discrédit sur l’ensemble des décisions attendues.
Les réformes :
Le mouvement des droits humains au Maroc réclamait une commission indépendante Vérité et Justice car il considère que c’est la seule voie susceptible de régler justement et équitablement le dossier des violations graves des droits humains. Le pouvoir a choisi de prendre de vitesse cette revendication et il a ainsi instauré l’IER. La limite de l’exercice est illustrée par les résultats obtenus :
- des familles qui attendent toujours l’élucidation du sort des leurs,
- des milliers de victimes qui attendent toujours réhabilitation et réparation,
- des centaines de familles dont le décès des leurs est officiellement annoncé et qui attendent toujours l’identification des dépouilles des leurs pour pouvoir les enterrer dignement et enfin faire leur deuil,
- une impunité totale garantie aux criminels
- une justice qui refuse systématiquement d’instruire les plaintes déposées,
- les violations continuent d’être constatées quotidiennement et les libertés individuelles et collectives continuent d’être bafouées,
La situation de l’APRES IER :
Le dossier des violations graves des droits humains au Maroc reste entièrement posé pour un règlement juste et équitable.
L’Etat actuel des Institutions et de la Constitution ne permet aucune avancée démocratique.
LA QUESTION QUI NOUS EST POSEE
Changer ou transformer le système de l’intérieur est une option. Et c’est celle pour laquelle ont opté les personnes qui composent l’IER et le CCDH.
L’autre option consiste à peser sur le système pour l’amener à faire des concessions en faveur de la promotion et du respect des droits humains et à lui imposer une gestion démocratique du pays.
Tout engagement qui ne se protège pas par des garanties relevant de l’application des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, signés et/ou ratifiés par le Maroc risquerait de se transformer en caution d’un système manoeuvrier en quête de légitimité.
Si nos convictions et notre adhésion aux principes des droits de l’homme sont une chose certaine et reconnue il n’en demeure pas moins que nous aurions pu faire le choix de rejoindre le CCDH mais à la condition sine qua non que cette instance soit libre dans ses avis et recommandations, qu’aucun pouvoir ne puisse se permettre de contrôler, censurer ou diriger ses travaux et conclusions. Et que sa composition respecte les critères de qualité, de compétence, d’équilibre et de représentativité.
A l’image de la Commission Consultative Française.
Le Maroc Officiel a fait le mauvais choix de la fondation consultative royale des droits de l’homme qui lui est nécessairement acquise et qui ne pourra jamais le surprendre. Il a choisi la dérive des continents comme vision et instrument de résolution des problèmes existants.
Les membres de l’ex IER et du CCDH sont en fait juges et parties.
Aussi bienséante soit elle, la volonté des uns et des autres ne pourra pas –en dépit des velléités de divergence, de propositions saines et d’originalité – aller au-delà de la volonté du pouvoir. Le seul choix est de composer et d’admettre les lignes rouges à ne pas dépasser. Il faut accepter la règle ou…imploser !
Ce mélange des genres crée la confusion et l’incompréhension au sein de la population marocaine et prête le flanc à toutes les manœuvres des sorciers et autres charlatans qui ont pour mission de préparer l’installation d’un autre Maroc férocement de Droit Divin.
Les prochaines élections législatives vont, sans nul doute, asseoir et renforcer le camp des obscurantistes.
Le loup sera déjà dans la bergerie. Le chacal et le léopard qui ne sont ni chien ni chat ne seront pas loin derrière.
Le Maroc a signé le 6 février dernier la Convention Internationale pour la protection contre les disparitions forcées, comme il a signé la Convention de Rome relative à la Cour Pénale Internationale mais se refuse de ratifier ces deux textes. Comme s’il craignait de ruiner son âme !
Comme toutes les personnes éprises de liberté, nous voulons édifier un Etat de Droit et savons combien il est difficile de construire l’Etat Idéal…Mais nous sommes persuadés que seul un Etat respectueux de ses devoirs et des droits des citoyens peut participer à la promotion des valeurs humaines : de justice, d’égalité, de droit et de paix.
Nous réclamions un potager, ils nous proposent un chou.
CCDH ou IER : le gros mensonge qui a coûté très cher à notre pays et à ses potentialités qui, au lieu de soulager le pays, crée de nouvelles frustrations et de nouvelles lignes rouges. Le Maroc du DROIT recule et s’affaiblit.
Une belle opération médiatique d’un pouvoir en quête de légitimité a réussi momentanément à salir nos valeurs et à rabaisser l’intelligence de certains de nos amis au rang de sujets « bien pensants ».
QUEL DOMMAGE !
L’Etat Démocratique, Ethique et Réel, n’est pas au rendez-vous. Et pourtant il est seul à garantir l’engagement des marocaines et des marocains dans le développement durable et viable du Maroc. Notre environnement ne nous permet plus d’être à côté des préoccupations communes.
Nous avions presque envie d’avoir tort et de présenter nos excuses à ces personnes de cœur et d’esprit. Nous voulions, à tout prix, que le Maroc porte son nom, avec convenance, respect et dignité.
L’échec de nos amis et des autres est un peu le nôtre car il faudra reconstruire, re-traduire et reposer tous les problèmes gravement humains pour que la vie des gens ne soit jamais travestie ni falsifiée.
Notre devenir commun ne peut engendrer une nouvelle société que la justice même transitionnelle n’aura pas su juger et comprendre.
Parce que l’écoute n’a pas eu lieu, l’avenir demeure sombre. Et très préoccupant.
Les femmes et les hommes de ce Maroc, les amies de notre Maroc, ne peuvent pas baisser les bras et démissionner : la marche est complexe mais belle et vraie.
Depuis un an déjà, l’IER a conclu ses travaux en demandant au CCDH de mettre en place un comité de suivi des recommandations émises. Le comité est en place, sous la supervision du CCDH et des ex-membres de l’IER. Il devra poursuivre les investigations sur les cas des disparus, sur celui des morts du fait des agissements de l’Etat, et sur tous les cas non résolus par l’IER. Il devra aussi axer ses recherches
- sur l’établissement d’une véritable séparation des pouvoirs ;
- sur la préservation de l’indépendance de la justice ;
- sur la garantie de la liberté de la presse ;
- sur la promotion des droits de la femme ;
- sur l’harmonisation des institutions et textes internes avec les obligations contenues dans les instruments internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.
La tâche est lourde et sans le concours des ONG reconnues, nationales et internationales, le résultat sera très en deçà des attentes et finira par s’apparenter à une politique programmée dont le but est de démobiliser et de jeter de la poudre aux yeux de l’opinion internationale. Les gesticulations médiatiques creuses et ronflantes ne seront pas la solution à la douleur du pays.
Même si nous restons vigilants et plutôt pessimistes, nous voulons à tout prix que la transparence soit la règle et les réponses à nos questions une obligation et un devoir.
L’Etat marocain actuel est le continuateur de l’ère Hassan II et il ne peut promettre une vérité sans reconnaître ses responsabilités dans l’anéantissement des milliers de citoyens et sans devoir préserver la mémoire collective et les lieux symboliques de la mort programmée.
Nous réclamons une rupture avec le passé et la marche vers une société libre de penser, de créer, de proposer, d’édifier et de consolider ses atouts en faveur de toutes les citoyennes et de tous les citoyens. Et un Maroc en mouvement, actif, entendu et respecté.
Nous ne demandons que le partage des peines et des rêves.
Le Maroc de Droit Humain
Abdelkrim EL WASSOULI, frère du disparu politique Omar EL OUASSOULI
Larbi MAANINOU, ancien exilé politique
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