Communiqué sur la détermination des lieux d’enterrement de 50 victimes de la disparition forcée au Maroc
Le Comité de coordination des familles des disparus dont le sort est inconnu et des victimes de la disparition au Maroc réuni le dimanche 16 octobre 2005 suite à l’annonce par l’Instance Equité et Réconciliation (IER) de la détermination des lieux d’enterrement de 50 victimes de la disparition forcée à Agdez, Kelaat M’gouna et Tagounite ;
Après avoir recueilli les points de vue de nombre de familles dont les proches ont été déclarés enterrés dans ces lieux, et après avoir pris connaissance de la teneur de la rencontre qui a eu lieu entre deux membres de ce Comité avec deux membres de l'IER peu avant l’annonce de la détermination des lieux d’enterrement :
- Considère que la détermination des lieux d’enterrement de 50 victimes de la disparition forcées, décédées dans des bagnes secrets, constitue autant un pas positif dans le sens de la révélation de la vérité sur les violations graves des droits de l’Homme perpétrées au Maroc qu’une avancée dans le processus visant à tourner définitivement la page de ces violations ;
- Se félicite de la démarche suivie dans l’information des familles des victimes, dissipant ainsi le mauvais souvenir de la démarche adoptée par le CCDH dans la divulgation de son mémorandum en octobre 1998.
En revanche, le Comité de coordination des familles des disparus dont le sort est inconnu et des victimes de la disparition forcée fait état de ce qui suit :
- le nombre de victimes décédées dont les tombes ont été déterminées demeure limité par rapport au nombre de décès survenus suite à la disparition forcée et aux soulèvements à caractère politique ou social que le Maroc a connus depuis la fin des années 50, lesquels décès, s’ils ne sont pas mis en lumière, le dossier des violations graves des droits de l’Homme restera ouvert.
- Le fait de se limiter aux témoignages des familles des victimes et des compagnons rescapés et aux informations données par les autorités publiques, bien que ceux-ci revêtent une importance cruciale, ne fait pas des informations données par l’IER sur l’identité et les conditions de décès des victimes, dont les tombes ont été déterminés, une vérité irréfutable car une telle démarche exige le recours aux analyses anthropologiques et aux analyses comparatives de l’ADN.
- La communication, aux familles des victimes, des informations relatives aux circonstances des enlèvements et de la disparition forcée, au parcours des victimes depuis leur enlèvement jusqu’à leur décès, aux conditions et lieu du décès et aux organes responsables, a eu lieu oralement et non par écrit, contrairement aux promesses faite aux familles par l’Instance Equité et Réconciliation.
Prenant en considération les aspects positifs de la démarche de l’IER et se fondant sur les observations citées ci-haut, le Comité de coordination des familles des disparus dont le sort est inconnu et des victimes de la disparition forcée au Maroc revendique ce qui suit :
- La révélation, sans délai, du sort des disparus vivants et leur libération immédiate ;
- la révélation, dans les plus brefs délai, des lieux d’enterrement des victimes de la disparition forcée et des fosses communes où ont été inhumées les victimes des soulèvements politiques et sociaux qu’a connus le Maroc, et la communication, par écrit, aux familles des informations sur sort de leurs proches, tout en réitérant les revendications des familles dans ce sens et qui consistent à appuyer toutes les déclarations par les documents dont dispose l’IER, obtenus à l’occasion de ses investigations et attestant de la véracité des informations qu’elle avance.
- La remise des dépouilles des victimes, dont les lieux d’enterrement ont été identifiés, aux familles qui expriment le désir de les transporter et effectuer des cérémonies funéraires, le recours aux analyses anthropologiques conformément aux procédés d’exhumation et aux analyses des dépouilles reconnues scientifiquement ainsi que des analyses de l’ADN et ce, en vue de déterminer les causes du décès des victimes de la disparition forcée et l’identité des dépouilles pour les familles n’ayant pas été entièrement convaincues par les informations qui leur sont communiquées par l’IER.
- Dévoiler l’identité des responsables des pratiques de la disparition forcée et des enlèvements, qu’il s’agisse des donneurs d’ordre ou des exécutants car les victimes et la société se réservent le droit de connaître leurs identités, combien même cela ne relèverait pas des compétences de l’Instance Equité et Réconciliation.
Les familles des disparus dont le sort est inconnu et les victimes de la disparition réaffirment la nécessité de satisfaire entièrement et indivisiblement leurs revendications relatives à la révélation de l’entière vérité car sans cela, le dossier de la disparition forcée demeurera ouvert.
D’autre part, le Comité de coordination réaffirme l’unité de ses composantes, à savoir les familles des disparus dont le sort est inconnu, les familles des décédés à Tazmamart et dans d’autres lieux secrets de détention, les rescapés de Tazmamart, Agdez et autres et les familles des victimes et les victimes des soulèvements de Casablanca de 1965 et 1981, et se déclare déterminé à poursuivre sa lutte par tous les moyens jusqu’à la révélation du sort de tous les disparus, sans exception aucune, et la clôture définitive, juste et équitable du dossier de la disparition forcée, ce qui ne manquera pas d’apaiser les souffrances et de garantir la paix aux victimes, aux familles et à la société entière.
Le Comité de coordination appelle, par ailleurs, toutes les formations politiques et syndicales ainsi que tous les acteurs associatifs et les défenseurs des droits de l’Homme à le soutenir car la révélation de la vérité sur les violations graves des droits de l’Homme est un fondement incontournable dans l’édification de la démocratie.
Le 16 octobre 2005 |