Forum Marocain Vérité et Justice
Comité de coordination des familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc
Casablanca 24 mars 2019
Communiqué à l’occasion de la Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes « 24 mars »

La vérité, toute la vérité sur le sort des disparus et l’ensemble des violations graves des droits humains
Pour la mise en place d’un mécanisme national indépendant de vérité
sur les personnes disparues au Maroc

Les disparitions forcées ont souvent servi de stratégie pour faire régner la terreur dans la société. Le sentiment d’insécurité résultant de cette pratique ne se limite pas aux proches de la personne disparue, mais touche aussi la communauté et l’ensemble de la société. Alors qu’elles étaient très répandues au sein des régimes totalitaires, les disparitions forcées sont perpétrées dans des situations complexes, en particulier comme moyen de répression politique des opposants.
Le droit à la vérité est à la fois un droit individuel et un droit collectif. Chaque victime a le droit de connaître la vérité et de savoir quelles sont les conséquences, pour elle-même, des violations des droits de l’homme, et faire connaître à l’ensemble de la société quelles sont les libertés fondamentales et de quelle façon ces libertés ont été violées est indispensable pour éviter une répétition des violations.
Le 21 décembre 2010, l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 24 mars Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes.
L’objectif de la Journée est
• d’honorer la mémoire des victimes de violations flagrantes et systématiques des droits humains et promouvoir l’importance du droit à la vérité et la justice;
• de rendre hommage à ceux qui ont consacré leur vie à, et ont perdu la vie dans la lutte pour promouvoir et protéger les droits de l’homme pour tous;
A cette occasion nous, Comité de coordination des familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc, rappelons que le Maroc n’a connu ni guerre civile, ni guerre de factions dont peuvent résulter des disparitions et dont l’élucidation demanderait lieu à tout un travail d’enquête et d’investigation. Non, les disparitions ont été perpétrées par un régime fort et bien structuré. De ce fait, personne ne peut croire que l’État ignore la vérité. Personne ne peut croire que l’État ignore l’identité et le nombre de disparus qui sont encore en vie, le lieu de leurs séquestrations et les circonstances de leurs disparitions.
L’histoire peut encore se conjuguer au présent. En effet, le régime marocain n’a jamais supporté la moindre contestation. Si les méthodes changent, l’esprit lui ne change pas.
Les victimes des violations graves des droits humains au Maroc ont le droit à la vérité, toute la vérité. C’est pourquoi en tant que familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc tenons à rappeler que l’établissement d’un état de droit passe par :
– l’exigence de vérité
– l’exigence de justice (qui ne peut se passer de la nécessité de mettre fin à l’impunité érigée comme système)
– l’exigence de la libération de tous les disparus encore en vie
– l’exigence de restituer les dépouilles à leurs familles
– l’exigence de la divulgation du sort des disparus de tous les disparus.
– l’exigence de l’identification par ADN et la restitution des dépouilles aux familles,
– l’exigence de prendre les mesures urgentes pour la conservation de la mémoire,
– l’éviction des criminels responsables des violations graves des droits humains de leur fonction.
Les familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc, rappellent que le dossier de la disparition forcée au Maroc reste toujours posé tant que le sort des personnes disparues n’est pas élucidé, le droit à la réparation individuelle des préjudices subis n’est pas complété. Elles expriment leur regret quant aux déclarations du Conseil national des droits de l’Homme visant à clore le dossier sans avoir mené toutes les investigations nécessaires pour l’élucidation des cas restés en suspens, conformément aux normes internationales exigibles en la matière.
De ce fait, les familles des disparus réitèrent leurs revendications comme suit :
1. Satisfaire leur droit à la vérité, conformément aux normes internationales en la matière, en élucidant le sort de leurs proches, y compris les cas de décès, la localisation des lieux d’inhumation et l’identification des dépouilles et recourir, pour cela, à tous les moyens de recherche, d’investigation et aux outils scientifiques.
2. A cette fin, mettre en place un mécanisme national indépendant de recherche de la vérité sur les cas de disparition forcée non élucidés.
3. Associer les victimes et leurs familles au processus de recherche et leur communiquer les résultats des recherches et investigations, des analyses d’anthropologie médico-légale et des analyses ADN servant à l’identification des dépouilles des décédés.
4. Poursuivre la réhabilitation des lieux d’inhumation des dépouilles des décédés, œuvrer à la préservation de la mémoire, présenter des excuses aux victimes et leurs familles, et mettre fin à l’impunité des auteurs des violations graves des droits humains.
6. Publier la liste intégrale des victimes de la disparition forcée au Maroc avec toutes les informations relatives aux circonstances de leur disparition et les résultats des investigations.
7. Entreprendre des actions de préservation de la mémoire de la disparition forcée, y compris la préservation des centres secrets de détention et la réhabilitation des lieux d’inhumation.
8. Permettre aux victimes survivantes, aux ayants droits et à toutes les parties intéressées l’accès aux archives et à l’information concernant les cas de disparition forcée.
Il faut donc faire de l’abolition de l’impunité et de l’établissement de la vérité et de la justice l’objectif permanent qui ne serait ni monnayable ni négociable et préparer les conditions de rapports de forces qui nous permettront de l’atteindre et ce n’est que dans ces conditions que nous pouvons imposer notre conception de la commission vérité.
Les autorités marocaines et leurs instruments (CNDH, gouvernements et relais de toutes sortes) ne peuvent fuir leurs responsabilités et se doivent d’assumer jusqu’au bout l’exigence de cette vérité tant attendue par les victimes et leurs familles.
Enfin, les familles des disparus et les victimes de la disparition forcée au Maroc appellent de nouveau les organisations de défense des droits de l’homme, les organisations politiques et syndicales et le comité de suivi des recommandations du 1er Symposium sur les violations graves des droits humains au Maroc, à tenir le 2ème Symposium, et les appellent à soutenir les familles dans leurs revendications visant à la mise en place d’un mécanisme nouveau, indépendant, efficace et doté de prérogatives d’investigations pour parachever le processus de règlement du dossier de la disparition forcée au Maroc.
Fait à Casablanca le 24 mars 2019
Comité de coordination des familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc