Dix jours qui ébranlèrent peut-être le monde : Perspective internationaliste en six parties

Dix jours qui ébranlèrent peut-être le monde : Perspective internationaliste en six parties

par Richard Greeman

TABLE :

1. Brèches dans les défenses du système 2. Violence et non-violence 3. Convergence de noirs et de blancs dans l’antiracisme 4. Les failles s’ouvre dans le régime 5. La police : chiens vicieux de la bourgeoisie 6. Fissures dans le mur des militaires 7. La race et la classe sociale dans l’histoire des États-Unis

L’assassinat de George Floyd par un policier en fonction et la réticence des autorités de Minneapolis à arrêter et à inculper les trois policiers complices du meurtrier ont déclenché des manifestations de masse dans tout le pays avec une intensité jamais vue depuis les années 1960. Dans plus de 150 villes, les Afro-Américains et leurs alliés inondent les rues depuis deux semaines, bravant la pandémie de Covid 19 et les violences policières qu’on déchaine contre eux, remettant en cause des siècles d’inégalités raciales et de classes, réclamant la liberté et la justice pour tous, défiant jour après jour un système corrompu et raciste soutenu par la violence étatique.

1. Brèches dans les défenses du système

Aujourd’hui, après deux semaines où se suivent un peu partout des manifestations spontanées, parfois violentes, ce déferlement d’indignation populaire contre l’ injustice historique et systématique a ouvert plusieurs brèches dans le mur de défense du système. Les autorités judiciaires de l’État du Minnesota, où George Floyd a été assassiné, ont fini par être contraintes d’arrêter et d’inculper comme complices les trois autres policiers qui ont aidé et encouragé le tueur, contre lequel les charges ont été portées du troisième au deuxième degré de meurtre. Mais cette “concession” n’a pas satisfait les foules, qui commencèrent à réclamer, non plus la “réforme” de la police mais son “abolition.”

Radicalisme utopiste? Aujourd’hui elles on eu gain de cause. Après des années de “réformes” vides, le Conseil municipal de la ville de Minneapolis a publiquement promulgué la dissolution de la Police actuelle et la création à sa place de services publiques et communautaires de soutien. Le soulèvement @BlackeLives Matter a même provoqué une faille au sommet du pouvoir, où le Secrétaire à la Défense et de nombreux responsables du Pentagone ont rompu avec leur Commandant en chef, Donald Trump, qui avait tenté de mobiliser l’armée américaine contre les manifestants.

Ce soulèvement historique est un déversement de colère noire accumulée au cours de décennies d’assassinats  policiers impunis d’Afro-Américains non armés. Il exprime le chagrin longtemps accumulé des familles et des communautés, leur indignation pure et simple face à l’impunité des flics tueurs, tant au Nord qu’au Sud. Il reflète leur colère face à la trahison par l’Amérique capitaliste du « rêve » de révolution non violente de Martin Luther King et leur horreur devant ce retour à l’ère des lynchages publics, encouragés par l’actuel Président des États-Unis.  Les manifestants insistent avec impatience que l’Amérique se montre enfin ici et maintenant à la hauteur de ses idéaux démocratiques proclamés depuis plus de deux siècles. C’est précisément ce qu’a déclaré un manifestant afro-américain, William Achukwu, 28 ans, de San Francisco : « Notre Déclaration d’Indépendance parle du droit “à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur. Pour l’instant, nous ne traitons ici que de la partie “vie.” Il s’agit d’un premier pas. Mais la liberté est ce pour quoi beaucoup de gens ici marchent.”

2. Violence et non-violence

Il n’est pas surprenant que les pouvoirs dans les États fédéraux et les villes à travers des États-Unis aient réagi à ces manifestations de masse spontanées et largement pacifiques contre la brutalité policière et le racisme en déclenchant un maelström de violence policière militarisée.  Depuis une génération, le gouvernement fédéral fait discrètement don d’énormes stocks de matériel militaire excédentaire, notamment des chars, aux forces de police locales et aux bureaux de shérif, qui se sont montrés ravis de jouer avec leurs nouveaux jouets mortels conçus pour la contre-insurrection dans des endroits comme l’Afghanistan. Sous les gouvernements démocrates (Clinton, Obama) et républicains (Bush, Trump), l’État fédéral a armé les forces de l’ordre en vue d’une contre-révolution préventive. Longtemps préparée, c’est la politique proto-fasciste que le Président Trump prône aujourd’hui : « la pleine domination » par le biais de la répression militaire, d’arrestations massives et de longues peines de prison au nom de « l’ordre public. ». Mais grâce à la détermination de ces manifestations de masse militantes, parfois violentes, les militaires hésitent, et Trump se trouve frustré.

En ce qui concerne la violence, on avait d’abord craint que les nombreux incendies, les vitrines fracassées et les pillages, en particulier la nuit, lorsque la foule nombreuse et ordonnée de manifestants mixtes était rentrée chez elle, ne « gâchent » en quelque sorte le soulèvement et ne servent de prétexte à la répression militaire et violente de l’ensemble du mouvement, comme l’avait demandé Trump, qui a tout imputé à un groupe terroriste imaginaire appelé « ANTIFA » (abréviation de « antifascisme », en fait un réseau informel). Parallèlement, il y eut des rapports faisant état de bandes de jeunes racistes blancs portant des chapeaux MAGA (« Make America Great Again ») commettant des actes de vandalisme, ainsi que d’accellerationists » radicaux mettant systématiquement le feu dans les quartiers noirs pour « provoquer la révolution », et de bien entendu provocateurs fascistes et policiers. Aujourd’hui on apprend que la police de Minneapolis, proclamée abolie, n’intervenait systématique pas contre ces de bandes fachos blancs, mais seulement contre les manifestant.es mixtes.

Évidemment, ces incendies, instiguées soit par des barbouzes ou par des têtes chaudes, auraient pu faire le jeu de Trump.  En revanche, on se demande si les voix plus raisonnables des centaines de milliers de manifestant.es en colère mais non violents, auraient été écoutées par les autorités s’il n’y avait pas eu par derrière le menace de violences venant de la périphérie au cas où leurs voix étaient ignorées.

De toute, façon, au lieu de brûler leurs propres quartiers comme cela s’est produit lors des émeutes des années ‘60, les militant.es d’aujourd’hui frappent stratégiquement les symboles de la répression de l’État et du capitalisme – en allumant et en détruisant les voitures et des locaux de la police, en saccageant les magasins de sociétés milliardaires, et même en poussant contre les portes de la Maison Blanche. En tout cas, en ce qui concerne le « pillage » populaire qui provoque l’indignation hypocrite de Trump et les riches, tout le monde sait que les blancs pillent l’Afrique et les Afro-Américains depuis des siècles. Il y a longtemps que ce pillage aurait dû être remboursé, comme l’a remarqué une porte-parole de #BlackLivesMatter.

3. Convergence de noirs et de blancs dans antiracisme

Ce qui provoque l’admiration et l’encouragement chaque fois qu’on regarde les visages des manifestant.es passionné.es à travers les images des vidéos,  des journaux, et les reportages télévisés, c’est quand on constate qu’au moins la moitié de ceux et celles qui proclament « Black Lives Matter » sont des blancs ! Là encore, une brèche sérieuse a été ouverte dans le mur du racisme systémique et institutionnalisé qui a permis pendant des siècles à la classe dirigeante américaine de diviser et de régner sur les masses laborieuses, mettant en compétition les esclaves africains et puis leurs descendants noirs discriminés contre des travailleurs blancs  relativement « privilégiés. »

Ceux et celles, blancs et gens de couler qui se lèvent aujourd’hui, rejettent cette course concurrentielle vers le bas, Ces masses spontanées s’unissent dans la lutte antiraciste de la justice et l’égalité pour tous et toutes. Tout aussi remarquable est le rôle d’avant garde que continue à jouer les femmes, en particulier les Afro-Américaines, dans la fondation du mouvement #BlackLivesMatter et de la Marche des femmes de 2017 contre l’inauguration de Trump. La participation des jeunes et des personnes âgées, des LGBT et des personnes handicapées est également à noter. Cette convergence de ces luttes libératrices par-delà des divisions raciales profondément enracinées promet d’ouvrir de nouvelles voies à mesure que les mouvements sociaux américains sortiront de l’enfermement de Covid.

Aussi remarquables, bien que limités, sont les incidents, également enregistrés sur des vidéos de citoyens, de flics individuels s’excusant de la violence policière et de policiers embrassant les victimes et s’agenouillant avec les manifestants. Des dirigeants politiques, comme le maire de Los Angeles, ont également été obligés de rencontrer les manifestants et de s’excuser pour les remarques racistes précédentes. En outre, comme nous le verrons plus loin, de graves fissures sont apparues dans l’unité de l’armée américaine, tant dans les rangs, qui comptent 40 % de gens de couleur, que parmi les officiers supérieurs. Telle est la puissance de ce mouvement massif, auto-organisé et interracial, qui réclame « la liberté et la justice pour tous » (comme le stipule le Serment d’allégeance à la République).

4. Des failles s’ouvrent à l’intérieur du régime

Aujourd’hui, après deux semaines pendant lesquels les protestations ont continué à augmenter en nombre et à s’approfondir en contenu radical, des fissures se sont ouvertes dans les défenses de la classe dirigeante ont atteint la Maison Blanche, où un imposteur nommé Donald J. Trump, corrompu, ignorant, parano, menteur pathologique supposé être en charge, a voulu jouer le va-t’en guerre et a fini par se voir mis en échec par l’état profond, c’est à dire l’Armée.[1]  

Il faut dire que chez Donald Trump, la classe dirigeante actuelle a bien trouvé le représentant qu’elle mérite, tellement son niveau est bas. L’inaptitude de leur Donald (et son gendre Jared), visible par tous, est symbolique de  l’incapacité historique de la petite classe des financiers milliardaires à conserver le droit de gouverner. L’égoïsme total et la personnalité tarée de Trump incarne les intérêts d’une classe étroite, celle des 0,01% qui possèdent plus de la moitié des richesses de la nation et du monde. Son égoïsme personnel spectaculaire illustre celui des milliardaires qu’il représente (et dont il prétend faire partie). De par son ignorance voulue, Trump parle au nom d’une classe de capitalistes financiers indifférents aux conséquences écologiques et sociales mondiales de sa volonté impitoyable d’accumule; indifférente à la vérité et à la justice; indifférente même à la vie, à celle des animaux, même à celle de leurs propres descendants.

L’ineptie clownesque de Trump devant le soulèvement de son peuple a embarrassé l’État lui-même. On a d’abord eu droit au spectacle enfantin de l’homme le plus puissant du monde qui s’était caché dans le bunker de son sous-sol et a ordonné d’éteindre les lumières de la Maison Blanche (pour que les manifestants à l’extérieur ne puissent pas voir à l’intérieur ?). Le lendemain, redevenu fanfaron, l’apprenti président a harangué les gouverneurs par Zoom. Cette vidéoconférence était secrète, mais on a piraté un enrégistrement où on entend Trump leur proposer de faire la guerre aux manifestant.es, de les “dominer” en mobilisant la Garde nationale (contrôlée par les gouverneurs) et de les arrêter tous et les condamner à des peines de 10 ans au nom de la propriété privée.

Tout de suite après, Trump a donna l’ordre aux militaires stationnés à Washington de disperser les manifestant.es pacifiques autour de la Maison blanche par moyen des armes chimiques. C’est que le Président avait eu l’idée saugrénue de se rendre à pied à l' »église des présidents » toute proche (qu’il ne fréquenta jamais et dont il n’a pas pris la peine de consulter le pasteur) afin de se faire photographier brandissant une énorme Bible blanche (qu’il n’a très probablement jamais lue) comme une massue. Tout cela sans consulter son Ministre de la Guerre ni son Chef d’État Major, qui devaient, ignorants, l’accompagner et se faire photographie à ses côtés. Imaginons leur embarras et colère quand ils ont compris cette manipulation présidentielles.

Trump, dont le seul succès dans la vie a été sa longue émission de télé-réalité « The CelebrityApprentice », avait apparemment conçu cet étrange coup de publicité pour rallier sa base politique de chrétiens de droite en leur montrant combien il est « religieux ». Mais cela s’est retourné contre lui lorsque l’évêque de Washington a fait remarquer que Jésus prêchait l’amour et la paix, et non la guerre et la vengeance. Le vent a tourné. Le lendemain, même des démagogues comme Pat Robinson, de la Coalition chrétienne d’extrême droite, se sont élevés contre Trump, tandis que le N.Y. Times, journal démocrate, affichait triomphalement la une : « L’approbation de Trump glisse là où il ne peut pas se permettre de la perdre : parmi les évangéliques ».

Arrêtons-nous un moment pour noter que le christianisme américain, comme tout autre aspect de la civilisation américaine, est un nœud de contradictions toutes enracinées dans le problème fondamental de « la ligne de couleur ». Bien que la droite chrétienne, raciste, conservatrice et pro-israélienne soit au cœur du soutien de Trump, de l’autre côté de la ligne la théologie de la libération et l’église noire ont longtemps été la base du mouvement des droits civils pour l’égalité. En effet, George Floyd, l’Afro-Américain assassiné (connu par ses amis sous les noms de « Big Floyd » et « le Géant gentil), avait lui-même une vocation pacificateur chrétien. Tout comme de nombreux/ses manifestant.es, blancs et noirs, qui scandent « Pas de justice, pas de paix » en son nom.

En jouant sa carte raciste d’une par et en jouant la comédie du “populiste” de droite ami des travailleurs de l’autre, Trump a peu se catapulter au pouvoir en 2016 avec une minorité de soufrages de moins 3,000,000 de voix. (Grâce à la nullité de Clinton  grâce au système électoral truqué par les républicains et malgré la perte du vote populaire de trois millions de voix). Depuis il n’a pas arrêté de faire des fausses promesses et de se contredire. Face au soulèvement pour la justice, sa nullité devient évident. Comme Abraham Lincoln l’a fait remarquer à propos du peuple américain : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et on put tromper tout le peule une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Aujourd’hui, le temps de Trump est écoulé.

5.  La police : Les chiens vicieux de la bourgeoisie

Pour moi, l’image la plus emblématique du moment est celle d’un Donald Trump hystérique, blotti (comme Hitler) dans son bunker souterrain avec les lumières de la Maison Blanche éteintes, frissonnant de peur et de rage face aux manifestant.es à l’extérieur, et menaçant de lâcher contre eux des « chiens vicieux » (purement imaginaires). Trump a la mentalité dobermaniaque d’un propriétaire de casse automobile de Queens ; c’est le en même temps le descendant spirituel du négrier Simon Legree qui poursuit avec ses chiens l’esclave Eliza qui s’échappe dans “La cabane de l’oncle Tom.” Or, ces négriers sont la souche d’où a poussé les sheriffs lyncheurs du Sud et les policiers violemment racistes de partout.

Ce sont les chiens de garde vicieux de la bourgeoisie. C’est pour faire cela que les policiers sont payés.  (Même si certains d’entre eux peuvent s’avérer être des bergers allemands fondamentalement amicaux en dessous, comme ceux qui se sont agenouillés avec les manifestants). Leurs canines sont les dents acérées de l’État américain. Avec l’armée, les flics sont l’essence même de l’État profond que Marx définissait comme « des corps spéciaux d’hommes armés, des tribunaux, des prisons, etc. (par opposition au « peuple armé » dans les milices populaires dirigées démocratiquement).

Bien que soumis à l’État bourgeois, cet appareil policier, comme la mafia à laquelle il est parfois mêlé, a une identité propre basée sur l’omertà ou la stricte loyauté au groupe. Cette règle non écrite est le fameux « Mur bleu du silence » qui empêche les policiers qui voient leurs « frères » commettre des pots-de-vin et des abus violents de s’exprimer ou de témoigner contre eux. Le mur bleu assure l’impunité de la police, et il est organisé par des « syndicats » de police qui, bien qu’affiliés à l’AFL-CIO, sont violemment réactionnaires, anti-travailleurs et pro-Trump. Le président de l’Union internationale de police a été filmé portant un chapeau rouge MAGA (« Make America Great Again ») et serrant la main de Trump lors d’un rassemblement politique, tandis que des manifestants à Minneapolis ont appelé à l’éviction de Bob Kroll, le président du syndicat de police local qui a été largement critiqué pour son soutien indéfectible aux officiers accusés de malversations.

Le Mur Bleu du silence s’étend tout au long de la chaîne alimentaire répressive jusqu’aux procureurs, aux procureurs de district et même aux maires progressistes, comme Bill Di Blazio de New York, qui a défendu les policiers de New York qui ont conduit leurs SUV directement dans une foule, bien que sa propre fille métisse ait été arrêtée en tant que manifestante de Black Lives Matter ! Di Blazio, tout comme son prédécesseur réactionnaire, Rudy Giuliani, ancien procureur “anti-crime” et actuel conseiller de Trump, sait que son avenir politique dépend de la bonne volonté du syndicat de la police. (Même les propriétaires de ferraille ont peur de leurs propres chiens méchants).

On croyait ce sacro-saint Mur Bleu impénétrable, mais voilà qu’une semaine plus tard il commence à montrer des failles. Le procureur et le gouverneur du Minnesota ont été contraints de porter les accusations contre Derek Chauvin, l’assassin de George Floyd, au second degré (pourquoi pas en premier ?) et d’arrêter ses trois complices de police. De plus ces derniers ont commencé à se dénoncer. Confrontés à 40 ans de prison et à une caution d’au moins 750 000 dollars, Thomas Lanai et J. Alexander Kung accusent Chauvin, l’officier supérieur présent sur les lieux et leur officier instructeur, tandis que Toua Thao, l’autre ancien officier accusé dans l’affaire, aurait coopéré avec les enquêteurs avant qu’ils n’arrêtent Chauvin. 

Et voilà que quelques jours plus tard, avec les manifestations de plus en plus ciblées et qui ne s’arrête pas, le Conseil municipale vote l’abolition de l’institution policière raciste et violent qui avait survécu à des années d’enquêtes, de recommandations fédérales, et de “réformes” qui n’ont eu aucun effet. Comment cela s’est-il passé? D’une part, il y a évidemment les énormes mobilisations populaires locales et nationales. Mais d’autre, une majorité absolue de Conseillé.es municipaux qui luttent depuis des années pour de vraies réformes et qui ont leurs électeurs derrières eux. Dans une déclaration publique devant une foule qui applaudit, ils explique leurs perspectives. Couper l’immense budget de la police. Avec l’argent économisé, créer des services sociaux qui feront baisser le taux de criminalité, soigner les drogués et les malades mentaux, reformuler le rôle des défenseurs de la paix dans un contexte communautaire.

Cela pourrait marcher. Il y six ans, la vie de Camden, N.J. a pris une initiative similaire en licenciant tous les policiers, qui devait pour se faire réintégrer passer devant des enquêtes civiles et accepter une nouvelle transparence. Cela a marché. Le crime n’a pas monté, au contraire.

6. Fissures dans le mur militaire

La puissance de l’ actuel soulèvement de masse de Black Lives Matter est telle qu’elle a ouvert une brèche dans le mur de défense le plus important du capitalisme américain : l’armée. Car si les policiers sont des Dobermans de la casse auto qui est le capitalisme américain en crise, les forces armées sont la base de sa domination sur le monde, elle même contestée. Et si le cri pour une justice égale a ouvert une minuscule fissure dans le Mur Bleu du Silence, la brèche dans les rangs de l’armée américaine, qui est composée à 40% de personnes de couleur et recrutées dans les classes les plus pauvres de la société américaine, ressemble plutôt à un gouffre.

Les troupes de base de l’armée, de la marine et de l’armée de l’air américaines d’aujourd’hui sont le reflet de la société américaine, d’une population composée principalement de pauvres et de minorités pour laquelle l’armée offre une solution possible au chômage et à la discrimination. L’humeur des troupes reflète celle des communautés dans lesquelles elles sont recrutées, et leurs officiers, qui sont responsables de leur moral, de leur discipline et de leur loyauté, doivent être sensibles à leurs sentiments. Cette situation est illustrée par les citations suivantes publiées dans le NY.Y Times:

« L’officier supérieur de la Marine, l’amiral Michael M. Gilday, a déclaré dans un message adressé mercredi à tous les marins : « Je pense que nous devons écouter. Nous avons des Noirs américains dans notre marine et dans nos communautés qui souffrent profondément en ce moment. Ils souffrent. »

“Le sergent-chef Kaleth O. Wright de l’armée de l’air, qui est noir, a écrit un extraordinaire fil de discussion sur Twitter en déclarant : « Je suis George Floyd ».

Le général Mark A. Milley, Chef de l’État major interarmées a publié mercredi un message à l’intention des hauts responsables militaires affirmant que chaque membre des forces armées prête serment de défendre la Constitution qui, selon lui, « donne aux Américains le droit à la liberté d’expression. » Bravo. Il ne faut pas croire que les généraux et amiraux, retraités et actifs, qui se sont exprimés cette semaine en faveur de la justice raciale et du droit de manifester des citoyens se sont tous soudainement convertis à la cause de la paix et de la justice. Mais  la classe des officiers américains est très concentrée sur sa mission globale, qui est de protéger la domination américaine dans le monde en amenant ces troupes à tuer et à être tuées dans des situations de guerre civile sanglante dans des pays principalement non blancs.

« Nous sommes dans la période la plus dangereuse pour les relations civilo-militaires que j’ai vue de mon vivant », a déclaré dans un courriel l’amiral Sandy Winnefeld, vice-président à la retraite de l’état-major interarmées. « Il est particulièrement important de réserver l’utilisation des forces fédérales aux circonstances les plus graves qui menacent réellement la survie de la nation. Nos plus hauts responsables militaires doivent s’assurer que leur chaîne de commandement politique comprend ces choses ».

Pour les troupes, faire la police du monde pour le capitalisme est une mission sans fin, incompréhensible et démoralisante, une guerre de contre-insurrection violente dont elles reviennent physiquement et psychologiquement endommagées, souvent hantées par la culpabilité, pour ensuite faire face au chômage et au manque de soutien du public et de l’Autorité des anciens combattants sous-financée. Quant aux officiers, il s’agit pour eux de maintenir la discipline et le moral. Les hauts gradés savent que le déploiement de troupes formées à la contre-insurrection pour contrôler les troubles civils sur le sol américain aurait inévitablement l’un des deux résultats négatifs (sinon les deux) : 1. une violence inacceptable contre les civils et/ou 2. la fraternisation avec les manifestants, la mutinerie et la désobéissance dans les rangs. D’où la rupture ouverte du Pentagone avec son commandant en chef « Law and Order ». Le danger de fraternisation est particulièrement réel dans les régiments de la Garde nationale, dont les troupes sont issues des populations des États fédéraux dans lesquels vivent leurs familles.

« Les hauts dirigeants du Pentagone craignent qu’une réponse militarisée et musclée aux protestations, comme le souhaite M. Trump, ne retourne l’opinion publique américaine contre les troupes, comme cela s’est produit dans les années de déclin de la guerre du Vietnam, lorsque les troupes de la Garde nationale en tenue de combat ont affronté les manifestants anti-guerre sur le campus de l’Université d’Ohio à Kent. ( Paniqué, les troupes on tiré et tué plusieurs étudiant.es, provoquant une grève générale nationale d’étudiant.es et la fermeture de presque toutes les universités – RG).  L’amiral Mike Mullen, ancien chef d’état-major des armées, a dénoncé l’utilisation de l’armée pour soutenir les actes politiques d’un président qui avait « mis à nu son mépris pour les droits de protestation pacifique dans ce pays ».

Bien que l’éternel média-man Trump ait apparemment nommé Mark Milley Chef de l’état-major sur la base de la ressemblance physique du général avec John Wayne, il se trouve que Milley est un historien militaire sérieux. Il en va de même pour le secrétaire à la Défense Mark Esper. Tous deux sont conscients que les révolutions ne peuvent avoir lieu que lorsqu’il y a une division dans les rangs des soldats. Dans leurs cours de West Point sur la contre-insurrection, ils ont une certainement rencontré de l’exemple historique classique de la Russie en 1917, lorsque les Cosaques ont été envoyés pour bloquer les manifestants à Saint-Pétersbourg. Ces féroces cavaliers des steppes, au lieu de charger, sont restés passivement sur leurs chevaux immobiles, tandis que les grévistes passaient la ligne en plongeant entre leurs jambes, spectacle qui a conduit Trotsky à faire la célèbre remarque : « la révolution passe sous le ventre d’un cheval de Cosaque ». Peu de temps après cet incident, les soldats russes ont formé des « Soviets » (conseils) et se sont joints aux conseils ouvriers et aux paysans pour renverser le Tsar.

Bien sûr, en 1917, la Russie était au milieu d’une crise sociale, dirigée par un autocrate inepte et irréaliste et par une aristocratie désuète et parasitaire, où saignaient sans ménagement des vies et des trésors dans une guerre étrangère sans fin, inutile et impopulaire. Rien de semblable, même vaguement, ne pourrait jamais se produire dans notre Amérique optimiste, triomphante et heureuse sous la direction ferme et la présence unificatrice de notre aimable président, Donald J. Trump.

7. La race et la classe sociale dans l’histoire des États-Unis

La société américaine était criblée de contradictions dès ses débuts, et ces contradictions, enracinées dans la race et la classe, se jouent encore aujourd’hui dans les rues de plus de 150 villes américaines. Les soulèvements actuels, interraciaux depuis le début, expriment la frustration populaire qu’après des siècles de lutte contre l’esclavage, après une guerre civile fratricide sanglante dans les années 1860 et après la « seconde révolution américaine » de la Reconstruction, après le mouvement des droits civiques et les émeutes urbaines des années 1960, la vie des descendants des esclaves noirs n’est toujours pas en sécurité dans le pays qui a proclamé le premier le droit de l’homme à « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ».

La Révolution américaine du 18e siècle a professé le principe universel, exprimé dans la Déclaration d’indépendance de 1776, selon lequel « Tous les hommes sont créés égaux et dotés de certains droits inaliénables ». Pourtant, malgré la participation des Noirs libres à la Révolution de 1776 (Crispus Attucks), cette égalité promise a été rapidement contredite par l’inclusion dans la Constitution américaine (1783) de clauses notoires qui non seulement ont institutionnalisé l’esclavage des Noirs dans la République américaine, mais ont également assuré la prédominance permanente au sein du gouvernement fédéral des États esclavagistes du Sud.

Le système électoral créé par cette Constitution des propriétaires d’esclaves était basé sur les populations masculines relatives des différents États, mais permettait aux Sudistes d’inclure leurs esclaves comme « trois cinquièmes d’un homme » ( !) dans le recensement. Ainsi, la minorité des Sudistes blancs pouvait toujours mettre en minorité le Nord plus peuplé et dominer l’Union. Ce « compromis » hypocrite était le prix de l’unité nationale dans une nation « à moitié libre et à moitié esclave ». En conséquence, dix des douze premiers présidents américains étaient des propriétaires d’esclaves, et de plus en plus de ces « compromis » favorisant les intérêts des propriétaires d’esclaves furent introduits au fur et à mesure que de nouveaux États étaient ajoutés à l’Union, étendant l’empire esclavagiste du Sud de plus en plus à l’Ouest.

Cette Union fédérale bancale et déséquilibrée, basée sur la domination du Sud esclavagiste, a tenu jusqu’en 1860. Mais, lorsque le Nordiste modéré Abraham Lincoln a pris le pouvoir en 1861, la plupart des États esclavagistes fit sécession de l’Union, formèrent une Confédération rebelle, lancèrent une guerre contre les États-Unis et cherchèrent à se faire reconnaître par la Grande-Bretagne – le principal client de la Confédération pour le coton cultivé par les esclaves. On a souvent prétendu que la Guerre civile américaine, qui a duré quatre ans et qui a fait plus de victimes que la première guerre mondiale, n’était pas vraiment « une affaire d’esclavage ». Mais c’était le cas. Pour cacher cette horrible vérité, les Sudistes blancs l’appellent encore « la Guerre entre les États ». Pourtant, cette guerre a été précipitée par des abolitionnistes blancs comme John Brown, qui ont aidé et provoqué des rébellions d’esclaves. De plus, les très nombreux jeunes fermiers et mécaniciens qui se sont portés volontaires et se sont même réengagés pour se battre pour le Nord savaient qu’ils se battaient pour la liberté humaine, comme l’indiquait leur correspondance avec leurs familles et les journaux de leur ville natale.

Enfin, cette Guerre civile, longtemps dans une impasse sanglante, ne fut gagnée par l’Union du Nord qu’après que Lincoln eut libéré la puissance de combat des esclaves noirs du Sud en publiant à contrecœur la Proclamation d’émancipation, comme l’avait demandé au président américain dans une lettre célèbre Karl Marx, écrivant au nom des travailleurs britanniques du textile anti-esclavagistes. Bientôt, les esclaves commencèrent à s’échapper de leurs plantations et à affluer vers les armées de l’Union, privant le Sud blanc d’une grande partie de sa main-d’œuvre noire. L’Armée de l’Union les nourrissait, les mettait immédiatement au travail et les enrôlait plus tard dans des régiments noirs qui se battaient courageusement et efficacement pour vaincre l’esclavagisme. Pas « une affaire d’esclavage » ?

Marx, parlant au nom des ouvriers blancs du textile anglais qui boycottaient les Sudistes, avait expliqué leur unité avec les esclaves ainsi: « Le travail dans la peau blanche ne peut jamais être libre tant que le travail dans la peau noire est marqué au er. » Un siècle et demi plus tard, les travailleurs afro-américains aux États-Unis ne sont plus « marqués au fer » comme leurs ancêtres esclaves, mais aujourd’hui encore, la couleur de leur peau les marque et en fait des proies pour les oppresseurs, comme les patrons, les propriétaires, les banques discriminatoires et la police raciste violente qui, jusqu’à présent, ont correctement supposé qu’ils pouvaient les maltraiter et même les assassiner en toute impunité.

La tragédie de la Guerre civile, qui, comme nous l’avons vu, a été menée pour abolir l’esclavage, est que si le Nord a gagné la guerre, le Sud a gagné la paix. Lincoln a été abattu en 1865, et son successeur, le vice-président Johnson, républicain d’une région frontalière, avait de fortes sympathies pour l’esclavage dans le Sud, et Johnson a utilisé le pouvoir  fédéral pour saboter les efforts de Reconstruction du Sud esclave sur une nouvelle base de liberté et d’égalité.  La reconstruction du Sud était une « deuxième révolution américaine », rendant réelles et légales la liberté et l’égalité promises par la Révolution de 1776. Union avait beau adopter les trois amendements de reconstruction à la Constitution américaine, accordant aux anciens esclaves et à leurs descendants la citoyenneté et les pleins droits civils, y compris les bulletins de vote, elles sont restées, et restent encore, lettre morte.

Tragiquement, sous le président Johnson, les anciens dirigeants confédérés rebelles, au lieu d’être jugés pour trahison, ont été graciés et autorisés à occuper de hautes fonctions dans les anciens états rebelles, réadmis à l’Union. Soutenus par une foule armée de Blancs, les ex-Confédérés ont pu décourager les esclaves nouvellement libérés de voter et de posséder des biens. La démocratie interracial naissant a été noyée dans le sang par la terreur raciste du Klu Klux Klan, même si le Sud était toujours occupé par les troupes victorieuses de l’Union. Pendant la Reconstruction, des milliers de Blancs du Nord sont allés dans le Sud pour aider les Noirs nouvellement libérés par l’alphabétisation et l’éducation politique, au risque d’être lynchés par les racistes locaux. De grands progrès ont été réalisés et le premier système scolaire public gratuit d’Amérique a été mis en place (pour être ensuite séparé et privatisé de force par les racistes).

Enfin, la fin du mandat de Johnson (qui a fini celui de Lincoln, assassiné), lorsque le président Grant, héros nordiste de la Guerre civile, a pris ses fonctions et a tenté d’utiliser les troupes fédérales occupant le Sud pour protéger la démocratie naissante des Noirs élus, il était déjà trop tard. Grâce à la violence armée des Blancs racistes, l’esclavage avait été « remplacé » par la ségrégation, l’inégalité et un système économique raciste de « patron sur noir ».

En 1876, vingt ans après la guerre civile, les classes dirigeantes du Nord industriel et du Sud producteur de coton, autrefois rebelles, se sont unies politiquement. Ils ont célébré cette unité de la classe dirigeante en retirant l’occupation fédérale du Sud, laissant les Nègres impuissants face au KKK armé et aux autorités locales racistes. Pourquoi ? Les troupes étaient nécessaires au Nord pour écraser les grèves violentes des ouvriers de l’industrie, qui organisaient des syndicats (mais en grande partie sur une base « blanche seulement »). Plus tard, les industrialistes ont été amené des Noirs, ignorants de leur destination, au Nord par train pour servir de briseurs de grève – un autre stratagème du « diviser pour régner » raciste des capitalistes. En 1900, W.E.B. Dubois, sociologue marxiste noir, historien de la Reconstruction et fondateur de la NAACP (Association nationale des gens de couleur américains) décrivait les États-Unis comme un pays divisée en « deux classes ouvrières », une noire et une blanche.

Les troupes afro-américaines ont combattu courageusement (dans des unités séparées) pour les États-Unis pendant la Première Guerre mondiale dans l’espoir de voir leur patriotisme reconnus, mais elles sont revenues en 1919 pour faire face à des lynchings une répression raciste accrue. Le président démocrate Woodrow Wilson, adoré par les Français mais raciste, déclarait le film pro-KKK de Griffith « Birth of a Nation »  un chef-d’œuvre (“l’histoire écrite avec le foudre”), et 1919 fut une année recorde pour les lynchages, en particulier de soldats noirs « arrogants » qui sont revenus en uniforme.

La lutte pour faire de la seconde révolution américaine, établie par les amendements de reconstruction post-guerre civile,  une réalité a repris après la seconde guerre mondiale. Elle a donné naissance au mouvement des droits civiques et aux lois sur les droits civiques des années 1960 dans l’espoir de réaliser la promesse de l’Amérique, le « rêve » de M.L. King. Les troupes fédérales sont à nouveau mobilisées pour empêcher les foules racistes blanches d’attaquer les Afro-Américains et les empêcher d’exercer leur droit de vote légal et de fréquentent les mêmes écoles que les Blancs : par Eisenhower en 1956 à Little Rock et par JFK dans le Mississippi en 1962.

Nous avions gagné de grandes batailles. Pourtant, une fois de plus, malgré des victoires juridiques et un nombre accru de Noirs visibles dans les médias et au gouvernement, rien de fondamental n’avait à la fin changé sur le terrain. Soixante ans plus tard, les Afro-Américains sont tout aussi pauvres, tout aussi ségrégués, tout aussi exclus des services de santé, d’éducation et de logement de première classe, et tout aussi soumis à la violence policière raciste que l’étaient leurs grands-parents.

Ce feu sera-t-il un autre feu de paille, destiné à s’éteindre ? Je ne le pense pas. Le contexte a changé. La société américaine, comme l’ensemble du monde capitaliste, est en crise. L’économie, avec une productivité en baisse, avec des inégalités et le chômage en hausse, avec une dette et une spéculation qui explosent, était déjà en crise avant le Corona. La pandémie l’a poussée au sommet, et la récession qui en résulte ne fait que commencer.

Trente ans après la proclamation du « nouvel ordre mondial » de l’après-guerre froide, fait de démocratie, de paix et de croissance sans fin, rares sont les Américains qui croient que leur vie et celle de leurs enfants sont susceptibles de s’améliorer. Tous entrevoient plus ou moins la, catastrophe sociale et écologique imminente. Le système n’a pas grand-chose à leur promettre et ses dirigeants politiques ont peu de choses à leur inspirer confiance. En d’autres termes, nos dirigeants ne sont plus « hégémoniques » politiquement et socialement et doivent dépendre de la coercition pour conserver le pouvoir. Aujourd’hui, la crédibilité et la légitimité de ce pouvoir coercitif, les flics et l’armée, sont remises en question par les masses, blanches et de couleur, qui réclament justice et égalité.

L’assassinat policier de George Floyd serait « la pailler qui a cassé le dos du chameaux” selon l’expression américaine. Cette paille brulante aura mis le feu à  la colère et à la frustration qui couvaient depuis des générations. Même si la police continue à s’attaquer les manifestants et même si Trump et ses partisans appellent à la militarisation du pays au nom de la protection de la propriété, de la loi et de l’ordre, il est clair qu’une brèche a été ouverte dans le mur bleu du silence protégeant les privilèges de la classe milliardaire contre le pouvoir des masses travailleuses qui, aujourd’hui, font face non seulement à une crise politique mais aussi à la crise d’une pandémie en cours, à la crise de la pauvreté et du chômage de masse, et à la crise climatique imminente dont Covid est un précurseur symptomatique

Tout au long de l’histoire des États-Unis, des abolitionnistes blancs aux volontaires Yankees de la guerre civile, des « carpetbaggers » du Nord qui ont travaillé à la Reconstruction aux marcheurs blancs des droits civiques de ma génération des années 1960 et aux millions de jeunes blancs dans les rues qui proclament aujourd’hui que la vie des Noirs comptent, l’unité dans la lutte des peuples racialisés d’Amérique a permis tous les progrès en matière de liberté et de démocratie que cette République fondée sur la race a connus. Ne croyez pas, lecteurs français, que tout ceci n’est que de “l’histoire ancienne” pour les américain.es de 2020. D’une part, les racistes derrière Trump n’arrêtent pas d’agiter leurs drapeaux Confédérés (souvent à côté des swastikas nazis) et les manifestant.es antiracistes continuent à s’acharnent sur les statues de généraux et hommes politiques Confédérés qui marquent tous les villages et villes du Sud.

Comme les ouvriers britanniques à l’époque de Marx, les manifestants blancs « privilégiés » d’aujourd’hui, eux-mêmes victimes à un degré moindre du capitalisme américain, savent dans leur cœur qu’ils ne pourront « jamais être libres » et ne seront jamais à l’abri de la violence d’État tant que les « Black Lives » ne compteront pas vraiment et que les peaux noires seront encore « marquées au fer » par le racisme. Tous et toutes comprennent que « Black and White Unite and Fight » est le seul moyen possible de bloquer un gouvernement autoritaire, de prévenir le fascisme, d’établir la démocratie, d’instituer l’égalité des classes, et d’affronter l’avenir avec un minimum d’espoir.

8 juin 2020


[1] Pareillement, Joe McCarthy, le Sénateur démagogue qui s’est mis à la tête de l’inquisition anti-communiste des années ‘50 et qui avait gagné un pouvoir énorme basé sur ses fausses accusations contre des « rouges » s’est cassé le nez quand il a prétendu diriger sa chasse aux sourcières vers l’Armée. C’était la fin de sa carrière politique.

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